La neutralité du Net

Graf'hit 94.9FM

Intro

DATAGUEULE #23 : Neutralité, j'écris ton nom

https://peertube.datagueule.tv

« (@DATAGUEULE : c'est quand que vous mettez vos émissions sous CC ?) »

L'interview

Hugo, membre de Rhizome

  • Tu fais partie d'une autre association de l'UTC, qui se définit comme un FAI associatif. Qu'est ce que c'est qu'un FAI, et qu'est ce que ça veut dire qu'il est associatif ?

  • Vous êtes les seuls à faire ça en France, ou il y a en a d'autres ? J'ai déjà entendu parler de la FFDN (l'hébergeur de Picasoft est Tetaneutral à Toulouse qui est membre de la FFDN), ça a un rapport ?

  • On a beaucoup entendu parler de neutralité du Net ces derniers temps (principalement parce qu'elle remise en cause dans certains pays), comment est-ce-que tu la définirais ?

  • Quels sont selon toi les plus gros risques si la neutralité du Net n'était plus respectée ?

  • Comment Rhizome garantit cette neutralité ? Est-ce-que vous êtes dépendants d'autres FAI pour la garantir ?

L'échange

« Au commencement était internet, un réseau de réseaux qui était bête, pour que chacun d'entre nous puisse décider ce qu'il veut en faire » (Philippe Aigrain)

« La neutralité du Net est un principe fondateur d'Internet qui garantit que les opérateurs télécoms ne discriminent pas les communications de leurs utilisateurs, mais demeurent de simples transmetteurs d'information. Ce principe permet à tous les utilisateurs, quelles que soient leurs ressources, d'accéder au même réseau dans son entier. » (La Quadrature Du Net)

  • On se refait une explication de ce qu'est la neutralité du net ?

  • Quels sont les risques si on perd cette neutralité du net ?

  • Les choix techniques ne sont pas neutres...

  • Quelques actions afin de protéger la neutralité du Net

Les notes

On l'a vu pendant l'interview, les FAI sont comme les facteurs d'internet. Dans le vocabulaire du réseau, on parle de paquet pour désigner une lettre. Dans les années 80, les routeurs, qui font office d'aiguillage pour acheminer les paquets à destination, étaient quasiment dépourvus d'intelligence ; ils se contentaient de regarder l'adresse de destination et transmettaient les paquets au prochain routeur.

Ça implique que comme pour les routes, tout le monde respecte les même règles, il n'y a pas des limitations de vitesse en fonction de qui on est, ni de voie réservée (sauf quelques exceptions, Police, Bus)... on pourrait imaginer : une voie spéciale livraison Amazon sur l'A1 ? Que les Ferrari aient le droit de rouler jusque 180 km/h parce que quand même... un ferrari...

Aussi, on retrouvait un principe de démocratie, c'est à dire que tous les noeuds sont égaux : ils ont le droit d'émettre et de recevoir de la même façon. En d'autres termes, il n'y a pas d'asymétrie entre les acteurs de l'internet. C'est ce qui a permis et garanti que tout le monde pouvait créer, s'exprimer et diffuser librement.

La neutralité du net formalise donc les principes qui ont sous-tendu le développement d'internet : les opérateurs n'ont en théorie pas de pouvoir sur les utilisateurs et leur utilisation du réseau, ce sont de simples transmetteurs ; de simples tuyaux par lesquels transite l'information :

Ils ne peuvent ni regarder (pas le droit d'ouvrir les enveloppe, secret des communications) ;

Ils ne peuvent pas discriminer (pas le droit de choisir qui communique avec qui). Ce n'est pas nouveau : en France, le comité national de la résistance acte la neutralité de la correspondance au sortir de la seconde guerre modiale, qui interdit à la Poste de discriminer certaines communications.

La perte de la neutralité du net bénéficiera forcément aux gros fournisseurs d'accès à Internet, et on va voir pourquoi. Mais qui a quelque chose à perdre ?

En premier lieu, les utilisateurs de "gros" services, comme YouTube, Netflix, Facebook... Les opérateurs pourraient restreindre par défaut l'accès à ces services (sous prétexte qu'ils sont très gourmands en bande passante), et proposer des options supplémentaires afin d'avoir un accès illimité. On retrouve la métaphore de l'autoroute avec une file VIP pour les grosses berlines et une file super lente pour les autres. Et ce n'est pas de la science fiction : au Portugal, l'opérateur Meo propose des "packages" payant permettant d'avoir accès en illimités à certains services. +5$ pour Google et YouTube, +5$ pour les sites d'actualité, +5$ pour certains jeux-vidéos...

Et ce n'est pas sans stimuler les conflits d'intérêt des opérateurs eux-mêmes : aujourd'hui la plupart d'entre eux proposent leurs propres services de vidéo à la demande, de musique en streaming, de gaming... En l'absence de neutralité du net, les FAI pratiquent ce qu'on appelle le zero-rating, c'est-à-dire : si vous utilisez leurs services, tout est illimité ; si vous voulez utiliser les services des autres, vous payez. Relation de dépendance déloyale absolue entre le FAI et son "client", et de concurrence déloyale entre le FAI et les autres fournisseurs de service.

On peut aussi imaginer un autre problème, moins coûteux (en argent du moins...) pour l'utilisateur : les FAI pourraient décider de systématiquement privilégier les gros services (toujours l'exemple de Netflix) en signant des accords commerciaux avec eux. Ainsi ça serait la fin des contenus indépendants, de la liberté d'expression, et de l'égalité des noeuds, en quelque sorte la fin d'internet tel qu'on l'a connu. Internet deviendrait une sorte de télévision v2, où les plus puissants décident de ce qui est proposé au reste du monde.

Enfin, risque politique : si on a accès plus facilement, plus vite à un certain groupe de presse, on aura tendance à s'informer auprès de celui ci, et à ne pas avoir un accès à toute l'information. La neutralité du net est un obstacle à la manipulation de l'information. Déjà que Facebook ou Google, sources d'"information" très utilisés aujourd'hui, sont régulièrement accusés d'enfermer les utilisateurs dans un certain type d'informations à des fins financières ou politiques, imaginez le résultat si le réseau lui-même favorise certains contenus.

  1. ADSL (Asymmetric Digital Subscriber Line) : la généralisation de l'accès à Internet s'est construite sur l'idée que les utilisateurs étaient des terminaux qui étaient là pour recevoir de l'info diffusée par des émetteurs spécialisé (comme la télé) ; mais l'idée d'Internet c'est que chacun est émetteur justement. Sauf que pour émettre de la vidéo par exemple ou recevoir beaucoup de connexion, il faut beaucoup de bande passante et que l'ADSL donnait suffisemment de bande pour recevoir mais pas pour émettre (donc Youtube). Ça change avec la Fibre, on a vraiment les moyens d'émettre depuis chez soi.

  2. DNS menteur : chaque machine reliée à internet possède un numéro (adresse IP), mais pour le web on utilise des noms de domaine plus facile à manipuler (comme picasoft.net ou grafhit.net), les DNS sont des ordinateurs chargés de traduire les noms de domaine en adresse IP. Le choix d'un DNS n'est pas neutre car le DNS peut mentir (diriger sur une mauvaise machine) ou collecter des données (savoir qui veut communiquer avec qui). Si on utilise un navigateur Google, un moteur de recherche G, un DSN G... donc, varions les plaisirs : navigateur Firefox, moteur de recherche Qwant, DNS FDN (80.67.169.12 : + comment faire) !

  3. IPv4 vs IPv6 : Problème : Avec le système historique d'attribution des adresse (IPv4) il n'y a plus assez d'IP, donc il devient difficile pour chaque machine de se connecter à Internet. Avec IPv6, chaque machine peut avoir une IP, on peut facilement héberger ce que l'on veut où l'on veut (surtout avec la fibre). Problème : très peu de FAI mettent en place IPv6 malgré que le protocole ai été proposé en 1998 et devenu un standard en 2017. Les gros FAI et hébergeurs ont tout intérêt à rester en IPv4, car c'est eux qui contrôlent leur distribution et peuvent les vendre très cher.

Le quiz

Parmi les risques suivants, lequel n'est pas concerné par l'affaiblissement ou la disparition de la neutralité du net ?

  1. Les fournisseurs d'accès pourront favoriser les utilisateurs (en fonction du prix de leur abonnement par exemple) et ainsi décider de qui peut ou non facilement publier sur internet.

  2. Les fournisseurs d'accès pourront choisir qui ils avantagent en favorisant le débit de certains sites (par exemple les multinationales qui les paieront, comme Facebook) au détriment d'autres (des associations comme Wikipédia)

  3. Les fournisseurs d'accès pourront ralentir ou rendre inaccessibles certains sites et ainsi pratiquer une forme de censure de l'accès à l'information.

  4. Les fournisseurs pourront développer des synergies dans le cloud virtualisé et la blockchain grâce au deep learning pour faire émerger l'internet 3.0 innovant en 5G piloté par des IA dématérialisées sur des ordinateurs quantiques.

https://school.picasoft.net/fds/confint/co/qcu4-neutralite.html

La musique

Belle par Total Rektal (Besoin de rien, envie de rien)

https://culture.picasoft.net/music/total-rektal/besoin-de-rien-envie-de-rien

Licence LAL

Le générique

Near death experience par Marker beacon (album Dead frequencies),

http://www.markerbeacon.org/?page_id=71

Licence CC BY-SA

Enregistrement

Émission enregistrée le 31 octobre 2019 dans les locaux de Graf'hit.